Tu peux nous raconter un peu ton parcours et comment tu t’es lancé dans l’art ?
J’ai commencé à dessiner très jeune, mais c’est après l’obtention de mon baccalauréat que je me suis réellement lancé dans la peinture. Une opportunité déterminante s’est présentée à moi.
Un oncle m’a proposé de
m’offrir un stand lors de l’un des plus grands festivals culturels d’Afrique centrale : le Ngouon.
À cette époque, je voyageais surtout avec mes dessins au crayon, qu’il m’encourageait à exposer.
Mais je ne me sentais pas encore à l’aise à l’idée de
présenter uniquement des dessins ; dans mon esprit, une exposition méritait des
tableaux.
Je n’avais pourtant jamais peint auparavant. Malgré tout, je ne voulais pas refuser
cette opportunité unique. J’ai donc accepté, avec seulement six mois pour préparer
quelque chose de concret.
J’ai acheté mes premières toiles et mes premières
peintures, et je me suis formé en autodidacte, principalement à travers des tutoriels
sur YouTube.
Inspiré par la culture locale, j’ai choisi un thème en lien avec mon identité et réalisé
une série de dix tableaux, suffisante pour tenir une exposition complète.
Cette première exposition a été un véritable tournant. Elle m’a permis de découvrir
une passion profonde qui, avec le temps, est devenue une véritable vocation
artistique.
Les portraits se sont imposés naturellement, parce que j’ai toujours été fasciné par
les visages et ce qu’ils racontent.
Petit à petit, j’ai commencé à recevoir des
commandes, puis à structurer mon travail comme un véritable projet artistique et
entrepreneurial.
À quel moment penses-tu avoir commencé à te considérer comme un artiste
ou créatif ?
Le déclic est venu quand j’ai compris que je ne dessinais plus seulement pour moi,
mais pour transmettre quelque chose aux autres.
Quand mes œuvres ont commencé
à provoquer de vraies émotions chez les personnes qui les recevaient, j’ai su que ce
n’était plus un simple loisir.
C’est à ce moment-là que je me suis pleinement assumé
comme artiste.
Comment ton style artistique a évolué avec le temps ?
Au départ, je cherchais surtout la ressemblance. Avec le temps, j’ai compris que le
réalisme seul ne suffisait pas. Mon style a évolué vers l’hyperréalisme émotionnel,
avec plus de profondeur, de détails et d’intention. Aujourd’hui, chaque œuvre est
pensée comme une histoire, pas juste comme une image fidèle.
Qu’est-ce qui inspire ton processus créatif ?
Les émotions humaines, les regards, les souvenirs et les histoires personnelles
m’inspirent énormément. Je suis aussi influencé par mon environnement, la culture africaine et les parcours de vie que je rencontre. Chaque portrait commence par une
écoute et une compréhension du sujet.
C’est quoi une journée ou une semaine type pour toi comme artiste ?
Je suis artiste à plein temps. Mes journées alternent entre la création en atelier, la
gestion des commandes, la communication et la réflexion sur les projets futurs.
Certaines semaines sont très intenses, surtout quand je travaille sur plusieurs
portraits à la main.
J’essaie aussi de réserver du temps pour observer, apprendre et
nourrir ma créativité.
Comment ton enfance ou ton parcours t’a aidé à avoir confiance pour suivre ta
vision en tant qu’artiste ?
Mon parcours m’a appris très tôt à saisir les opportunités, même quand je ne me
sentais pas totalement prêt. L’expérience de ma première exposition au festival du
Ngouon a été décisive : je n’avais jamais peint auparavant, mais j’ai accepté le défi,
appris en autodidacte et présenté mes œuvres au public.
Voir mes tableaux exposés
dans un événement culturel d’une telle ampleur m’a donné une confiance nouvelle et
la certitude que je pouvais évoluer par le travail et la persévérance.
Cette étape m’a
appris à croire en ma vision, même lorsqu’elle était encore en construction, et à
avance.
Est-ce qu’il y a un projet ou une œuvre dont tu es surtout fier ?
Je suis particulièrement fier de mes portraits réalisés dans le cadre du projet Arty.
Ce
qui les rend uniques, c’est l’émotion qu’ils suscitent chez les clients lorsqu’ils
découvrent l’œuvre finale.
Voir quelqu’un se reconnaître, parfois être ému aux
larmes, donne tout son sens à mon travail.
Est-ce que ta culture camerounaise a un impact sur ta façon de créer ?
Oui, énormément. Ma culture influence ma sensibilité, mes choix de sujets et ma
manière de raconter les histoires. Les valeurs, les symboles et l’importance de la mémoire et de la famille se retrouvent souvent dans mon travail, même de façon
subtile.
Parlez-nous de votre projet Arty!
Arty est né d’un constat simple mais souvent négligé : aujourd’hui, offrir un cadeau
réellement exceptionnel et unique est devenu rare. Au XXIᵉ siècle, marqué par
l’essor du multimédia et des réseaux sociaux, les individus sont de plus en plus
attachés à leur image, aux souvenirs qu’ils capturent et aux émotions qui les
définissent.
Arty répond à ce besoin en transformant une simple image en une œuvre
d’art faite à la main, chargée de sens et d’émotion, bien au-delà d’un objet décoratif.
Mais Arty ne se limite pas à la création de portraits. Le projet porte aussi une vision
sociale et humaine forte : permettre aux artistes de vivre dignement de leur art. Conscient des difficultés que rencontrent de nombreux jeunes artistes talentueux —
notamment le manque de visibilité et d’opportunités — Arty recrute et accompagne
d’autres artistes qui peinent à vendre leurs œuvres malgré leur potentiel.
À travers Arty, l’objectif est double : offrir aux clients une expérience artistique unique
et émotionnelle, tout en construisant un écosystème où les artistes peuvent
s’exprimer, être valorisés et générer des revenus grâce à leur talent.
Arty se veut
ainsi un pont entre l’émotion du public et la reconnaissance du travail artistique en
Afrique.
Quel conseil donnerais-tu à un artiste émergent qui essaie de se faire
connaître ?
De rester authentique et patient. Il faut travailler sa technique, mais aussi
comprendre sa propre vision.
La constance, la discipline et la capacité à se remettre
en question font toute la différence sur le long terme.
Comment les réseaux sociaux t’aident-ils à faire connaître ton art ?
Les réseaux sociaux me permettent de toucher un public bien au-delà de mon
environnement immédiat.
Ils sont un outil puissant pour raconter mon processus,
partager mes œuvres et créer une communauté autour de mon art. Ils ont clairement
accéléré la visibilité de mon travail.
La chanson que tu écoutes en boucle en ce moment ?
“Essence” – Wizkid
Parce qu’elle me met dans un état calme et créatif.
Pour découvrir le parcours d’Ibrahim et son art original, suivez-le sur Instagram (@arty_portrait237) et jetez un œil à son page Facebook Arty_portrait. Ne manquez pas ses prochains projets!
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